Archive for the ‘Errance photographique’ Category

Stygmates

Beyrouth.

Mai 2005.

Depuis les accords de Taef il y a 16 ans, la guerre est officiellement terminée. Officieusement, tout le monde sait que le partage sera remis en cause un jour ou l’autre. Ce sont toujours les mêmes chefs de guerre au pouvoir. Tout le monde vit avec la menace d’une reprise du conflit. Au niveau national autant que régional. Personne ne sait encore qu’Israël bombardera la ville l’an prochain.

Moins de trois mois que le premier Ministre, Rafic Hariri a été tué dans un attentat. Les syriens, tenus responsables de cet attentat viennent d’être expulsés du pays après près de 30 ans d’occupation.

Tout le monde parle de révolution dans la rue.

Michel Aoun rentrera au Liban dans 2 jours.

Bien que sous tension, la ville est en fête. Des drapeaux au cèdre partout. Du orange, couleur de la révolte cette année là, également. Des sourires, des rires, des chants.

Une visite de la ville. La première pour moi. J’aime déjà cette ville qui combine les charmes du Moyen-Orient et la douceur de la Méditerranée.

Une ville qui se reconstruit. Qui réapprend à vivre après une guerre ultraviolente de 15 ans.

Nous sommes au coeur de la ville. Nous longeons ce qui était la ligne verte pendant la guerre. La ligne de front.

A un carrefour, la violence de cette guerre nous saute au visage.

Beyrouth mai 2005

Beyrouth mai 2005

La réhabilitation de cet immeuble n’a jamais commencé. Il a été impossible d’en identifier les propriétaires d’après ce qu’on m’a dit.

Ce n’est peut-être pas si mal.

La mémoire de la guerre est concrète ici.

Ce bâtiment empêche l’oubli.

 

A cheval…

En attendant la suite des anecdotes, une petite histoire photographique…

Un jour d’avril 2004 dans le zoo de Baghdad.

Petite promenade du vendredi.

L’envie de prendre une statue en photo.

Une discussion avec des gardes iraquiens qui aimeraient bien être pris en photo par ces étrangers qui n’ont rien de militaires US

La proposition, pour rire, qu’ils montent sur la statue

Leur acquiesement dans de grands éclats de rire

Et finalement une série de photos uniques, la kalash négligemment posée au pied de la statue, oubliée le temps de se marrer…

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PS: Ces photos n’ont pas été prises par moi mais par mon collègue de l’époque, Sébastien.

 

Là où l’on s’arrête

6 heure du mat, les yeux embrumés,
la peau encore salée par l’Atlantique,
le regard plongé dans le Pacifique,
je reste sans voix.

Les heures passeront,
les rencontres se succèderont,
les verres se rempliront,
les verres se videront,
Calme torpeur,
Fureur de l’océan.

Pour l’heure,
un pêcheur,
jouant du soleil et des vagues,
lance son filet,
Une marchande ambulante,
propose ses fruits frais
et leur rasade de piment.
Le levant dore l’eau, la ville et le sable.

Ici, une minute suffit pour vous capturer,
Un jour peut-être vous repartirez.

Peut-être…

Puerto Escondido

 

Laos – village de Vieng Phukha – jour 811 du tour du monde

Le soleil est bas lorsque Wongsai me ramène au village, après une longue journée de marche qui nous aura emmenés jusqu’aux ruines d’un temple perdu dans la jungle. Il paraît que beaucoup de gens hésitent à s’en approcher, car de nombreux esprits y rôderaient encore, s’amusant à désorienter les visiteurs imprudents pour les faire tourner sans fin autour du temple. A l’entrée du village, c’est l’heure du bain dans la rivière, non seulement pour le plaisir, mais aussi pour laver tout ce qui a besoin de l’être : les gens, les habits, les scooters, et même un gros camion. J’enlève mes chaussures, et Wongsai me sourit en constatant que j’ai bien retenu ses leçons sur comment se débarrasser des sangsues : les décoller en passant une lame de couteau à plat entre la peau et la bouche avide, puis poser un bout de papier sur la plaie pour stopper la coulée de sang.
Je m’imagine déjà prendre une bonne douche lorsque je passe devant la cabane de bambou, ouverte à tous les vents, qui sert d’école communale. Quelqu’un m’interpelle : c’est Thongchanh, le prof d’anglais, trop content de tomber sur un « falang » (un blanc) qui va se faire un plaisir de prendre sa place. Je me dévoue donc pour enseigner quelques rudiments de la langue de Shakespeare concernant les parties du corps, les couleurs, les sentiments (avec tout le cinéma et les mimiques qui vont avec). J’ai huit élèves sur les bancs, et trois fois autant agglutinés à l’extérieur, médusés par cet étrange instituteur sorti de nulle part. Lorsque la leçon dérive sur les animaux, ma tâche devient soudain plus facile : il me suffit de montrer du doigt ceux qui se promènent à côté de la cabane. Le crépuscule s’installe, Thongchanh allume une bougie qu’il place sur le bureau, et refuse de donner congé à sa classe tant que je n’ai pas chanté une chanson en anglais. Ce sera donc la première qui me vient à l’esprit, peut-être inspirée par la magie du moment : Knockin’ on Heaven’s door…

baignade du soir

baignade du soir

des élèves attentifs

des élèves attentifs

 

Laos – village de Ban Tha Jok – jour 850 du tour du monde

Zone de guerre oubliée des livres d’histoires, le Laos est tombé aux mains des rebelles communistes durant ce même étrange printemps où les GI’s abandonnaient Saigon, où Phnom Penh était vidée de sa population par les Khmers Rouges. Sur la route qui mène à Ban Tha Jok, le regard est attiré par les cratères qui n’ont jamais été comblés depuis les bombardements américains du début des années 70. Durant la saison des pluies, les paysans les utilisent pour élever des poissons.
C’est jour de fête en Occident, la veille de Noël, mais ici à Ban Tha Jok, c’est le Nouvel An de l’ethnie Hmong. Les filles se sont parées de leurs plus beaux costumes, coiffes comprises, et elles jouent à lancer et relancer des balles aux garçons : c’est ainsi, lors du jeu et des bavardages qui les accompagnent, que se forment les futurs couples. La guerre finie depuis trente ans n’a ici jamais quitté les esprits. Les mines et autres bombes non explosées continuent à prélever des vies, des jambes ou des bras, quand le caprice leur en prend. Quant à celles qui ont définitivement renoncé à cracher le feu, leurs lourdes carcasses de métal rouillé trouvent leur utilité : mettez-en une, la voilà qui soutient un étal de fruits au marché, mettez-en quatre, voilà autant de pilotis pour soutenir un poulailler, et mettez-en autant que vous voulez, voilà une belle clôture. Et que la vie continue, tant qu’elle peut.

 

brume au sommet

Carte

Sinaï, son château, son monastère orthodoxe, ses sommets.
Un matin nous décidons de grimper le mont Omul à 2500m, le téléférique nous laisse à 2000m dans une purée de poix dense, très dense. Toute l’ascension se fait dans le silence feutré du brouillard que ne rompt que le cris d’oiseaux dont les ombres transpercent parfois les nuages.
Au sommet nous mettons plusieurs minutes à repérer le refuge, nous ne voyons pas à plus de 3 ou 4 mètres. La descente commence dans cette même absence, dans ce même silence. Puis, quand nous passons sous les 2000 m un spectacle sublime de prairies, de sommets, de nuages se dévoilent.
Quelques minutes plus tard le soleil nous rattrape, nous en profitons pour pique-niquer et nous offrir une magnifique sieste.
Sinaia_02

 

celle qui ignore le désert

carte

Palmyre, un nom qui fait chanter l’imagination.
Palmyre, La reine Zénobie y domine toujours sa capitale.
Palmyre, Dans quelques heures sonnera l’année 2004.

Un froid sec me prend alors que je marche dans les dunes. Là haut, le regard enveloppe une infinité désertique qui semble sertir l’oasis, ses innombrables palmiers et les deux villes, celle en ruine emplie de souvenirs et l’autre en vie, pleine de bruits.
Je marche entre dunes et collines, seul le vent m’accompagne dans ce silence. Là-haut, pas une plante, enfin si une étrange petite plante qui dessine de sa tige trop molle, de sa fleur trop lourde, des cercles parfait.
un chien abois, le muezzin chante. Je me retourne, le vent commence déjà à effacer mes pas, il est l’heure de retrouver la civilisation.
Palmyre - Syrie

 

Sur la route de l’altiplano

carte
Départ de Cafayate de bonne heure. San Carlos nous accueille en premier, puis nous rencontrons la vallée. Tout au bout nous attend Cachi et au-delà par une route impossible à San Antonio de los Cobres. Nous voilà sur la mythique route 40 la Panamericana. Des paysages toujours sublimes se succèdent dans leur minéralité et perpétuelles différences.
Nous arrivons à Molinos, où nous déjeunons délicieusement dans un petits restaurants. A l’ombre le froid vous mord, Le soleil, lui, vous matraque dès que vous l’approchez. C’est dans cet étrange climat de l’altiplano que je laisse mes pas m’entrainer dans les rues. Sur une grande place je m’assoie. Quatre petites filles viennent observer le géant à peau blanche et son étrange chapeau (un bob bleu même pas Ricard).
Commence un échange de peu de mots, de quelques photos, de rire et de noms échangés. Une envie de rester là, planter dans ce village encore au bout du monde (la route goudronnée arrive), me saisit. Puis un coup de klaxon, je dois quitter ces demoiselles rieuses, ce village sans âge.
Molinos - Salta - Argentine

 

Sur la route de l'altiplano

carte
Départ de Cafayate de bonne heure. San Carlos nous accueille en premier, puis nous rencontrons la vallée. Tout au bout nous attend Cachi et au-delà par une route impossible à San Antonio de los Cobres. Nous voilà sur la mythique route 40 la Panamericana. Des paysages toujours sublimes se succèdent dans leur minéralité et perpétuelles différences.
Nous arrivons à Molinos, où nous déjeunons délicieusement dans un petits restaurants. A l’ombre le froid vous mord, Le soleil, lui, vous matraque dès que vous l’approchez. C’est dans cet étrange climat de l’altiplano que je laisse mes pas m’entrainer dans les rues. Sur une grande place je m’assoie. Quatre petites filles viennent observer le géant à peau blanche et son étrange chapeau (un bob bleu même pas Ricard).
Commence un échange de peu de mots, de quelques photos, de rire et de noms échangés. Une envie de rester là, planter dans ce village encore au bout du monde (la route goudronnée arrive), me saisit. Puis un coup de klaxon, je dois quitter ces demoiselles rieuses, ce village sans âge.
Molinos - Salta - Argentine

 

Le temps des trains

carte
Nous arrivons avec une heure d’avance, Le train partira avec 5 heures de retard.
Assis par terre, nous sommes écrasés de chaleur. L’attente n’est pas le problème, la chaleur oui. Nous buvons, nous mangeons, nous jouons aux cartes pour essayer d’oublier la puissance de la chaleur. Stratégiquement nous sommes pourtant dans l’air d’un ventilateur.
Nous jouons aux cartes, des gamins veulent apprendre. Nous leur enseignons nos jeux, ils nous enseignent les leurs, finalement nous jouons sans bien savoir quelle règle est d’actualité, qu’importe ce sont les rires qui remportent les parties.
Finalement le train arrive, nous cherchons notre wagon, nous cherchons notre couchette. Un ventilateur par couchette, le bonheur d’un luxe indispensable. Le train démarre, s’enferme dans la nuit.
Dans quelques heures je serai assis sur le pas de la porte ouverte. A chaque arrêt un flic m’éjectera pour la fermer. A chaque départ je l’ouvrerai et me rassirai pris par la beauté d’un désert où les hommes s’efforce de faire pousser la vie.
attendre