Quelques Anecdotes Bagdadis (1)
Posted in Anecdote, Anecdotes Iraquiennes, Irak on 07/06/2009 01:50 by CédricAprès un florilège de premières impressions, quelques anecdotes de la vie Bagdadi. Vie somme toute relativement tranquille en 2004. A partir de fin 2004, les risques de kidnapping et l’augmentation très nette de la violence ont rendu cette vie beaucoup moins tranquille.
Avant la guerre de 2003, tout le monde s’accorde à dire que la vie y était très calme et plutôt agréable, nonobstant les manques dus à l’embargo. Et à condition de ne pas s’opposer à Saddam Hussein bien entendu. Le problème étant qu’on ne savait pas toujours ce qui s’opposait à Saddam. Un sportif de haut-niveau qui ne décrochait pas de médaille en compétition internationale risquait un retour … difficile. Voilà une des raisons du peu de sportifs iraquiens dans les compétitions internationales.
Le maillage « sécuritaire » et de renseignement (les fameux mukhabarat – prononcer mourabarate – ou moumou dans la communauté expatriée) et la peur de la répression étaient en effet tels que les vols et agressions étaient très rare et faisait de Baghdad une des villes les plus sûres du monde. Cela a bien changé.

Les mukhabarat avaient été jusqu’à installer des caméras dans les chambres de ce qui avait parait-il été « le plus bel hôtel du moyen-orient », l’hôtel Al-Rashid, afin d’espionner les clients au cas où ils comploteraient contre le régime. Les baghdadis avaient pour tradition, du moins pour ceux qui pouvaient se le permettre, de célébrer leur nuit de noce dans un hôtel, de catégorie différente selon leurs moyens. Les plus riches s’offrant l’hôtel Al-Rashid. Une des raisons étant de laisser aux jeunes mariés une certaine intimité, dans une société où les familles sont très présentes et où il n’est pas rare qu’un jeune couple continue à habiter avec le reste de la famille.
Seulement, à la chute de Baghdad en mars 2003, tout a été pillé, sauf le ministère du pétrole, seul bâtiment qui a été protégé par les troupes américaines. Les vidéos avaient due être dûment archivées. Et les jeunes couples qui avaient célébré leurs nuits de noces dans les chambres de l’Al-Rashid ont eu le plaisir de pouvoir visionner leurs ébats en achetant sur les marchés des cédéroms compilant les vidéos des mukhabarat. Qui a dit que les états musulmans étaient pudibonds?
En 2004, donc, les mukhabarat n’étaient plus là (ils reviendront plus tard) et, bien que le pays fonctionne dans un grand désordre, la vie y est quand même encore plutôt cool:
Les fêtes sont régulières, nous avons même été jusqu’à organiser une fête de départ réunissant une centaine de personne, sur le toit de notre maison où nous avions installé un grill à Shawarma (le même que celui que vous pouvez voir dans n’importe quelle échoppe du monde, celui où la pièce de mouton tourne devant le feu) et où un vrai groupe de musique, celui d’un de nos gardes qui jouait autrefois pour les fils de Saddam, jouait des standards américains. C’était en Juillet 2004, et les tensions dans le pays avaient déjà suffisamment augmentée pour que trouver de l’alcool soit devenu difficile à trouver, surtout que les échoppes en vendant avaient commencé à être attaquées.

Il m’avait fallu tout un après-midi à sillonner Baghdad pour trouver de quoi sustenter les plus soiffards d’entre nous, qu’ils soient iraquiens ou expatriés. Sous Saddam, l’Iraq était laïc et nombreux étaient qui les hommes avaient l’habitude de boire, parfois beaucoup, surtout de l’Arak, de la bière, du whisky ou du vin. Ils se retrouvaient souvent sur les ponts de Baghdad, à la fraiche. Et bien que le pays soit à cette époque en train de sombrer dans ce qui sera une des périodes les plus noires de son histoire, ces habitudes n’étaient pas encore perdues.
D’ailleurs quelques jours auparavant l’alcool était encore si facile à trouver et si peu cher que des amis basés à Amman nous faisait régulièrement des commandes lorsqu’ils venaient. L’alcool y était là bas en vente libre mais les bonnes bouteilles rares et chères. Alors qu’à Baghdad, nous avions du rhum cubain de 7 ans d’âge pour moins de 10 USD la bouteille et que nous avions également trouvé la caverne l’Ali Baba (c’est le cas de le dire, l’histoire d’Ali Baba étant une légende iraquienne. Au point qu’Ali Baba signifie voleur en argot iraquien). Cette caverne était en fait un magasin d’alimentation générale qui avait très certainement racheté beaucoup de bouteilles qui s’étaient vendues au marché noir après les pillages des palais de 2003. Mais comme le commerçant n’y connaissait pas grand chose en vin, il fixait le prix en fonction de l’état de la bouteille, ou de la date de fabrication: plus elle était vieille, moins elle était chère. Nous nous somme bien entendu abstenu de lui donner le moindre cour d’œnologie. Et nous pouvions régulièrement boire nos bordeaux de 20 ou 30 ans d’âge que nous avions négocié à peine plus cher que le prix de l’eau…
Ces bouteilles restaient tout à fait buvables. Pourtant elles n’avaient certes pas été gardées dans les meilleurs conditions. Elles avaient même certainement subies de fortes chaleurs. Car la météo iraquienne n’est pas très capricieuse, sauf lors de la saison des tempêtes de sable. Dans ce cas, cela arrive très vite. On a d’abord la sensation d’avoir un goût de sable dans la bouche. Puis la luminosité baisse à tel point qu’il est nécessaire d’allumer les phares des voitures pour rouler. Et ensuite le sable s’immisce partout. La première tempête, je l’ai subie en sortant de chez des amis. J’étais venu leur déposer quelque chose. Entre le moment où je suis entré et le moment où, une vingtaine de minutes plus tard, je suis sorti, j’ai eu l’impression de ne plus être au même endroit. Tout était rouge-orangé et il faisait presque nuit, alors que c’était le milieu de l’après midi.

Le reste du temps, disais-je, le temps est invariablement beau et chaud. La chaleur au sud est plutôt humide, elle reste sèche au centre du pays. Il n’y a qu’au nord que le climat est plus tempéré. C’est à dire qu’il pleut parfois, qu’il neige l’hiver (le Kurdistan est montagneux) et que la chaleur ne dépasse que rarement les 45-50°C l’été. Plus au sud, cette température est dépassée à peu près tous les jours. Il existe d’ailleurs un accord avec l’OIT (Organisation Internationale du Travail) en Iraq. Si, sur le lieu de travail, la température dépasse les 50°C, le travail doit être arrêté pour ne pas mettre la vie du travailleur en danger. Aussi il n’est pas rare de voir, lors des prévisions météorologiques iraquiennes (oui, oui, une météo. Qui annonce invariablement du soleil l’été. Cela doit être la météo la plus sûre du monde), la température prévue affichée à… 49,9°C. Comme il s’agit des prévisions officielles, plus de contestation possible. Sous Saddam, le journal télévisé du soir (à 22h) donnait les directives pour le lendemain. Et la tradition est restée. Tant pour la météo, que pour les jours fériés, qui sont très souvent annoncés officiellement la veille. Il faut dire que beaucoup de ces jours sont des commémorations religieuses et leur date exacte dépend de la lune et change chaque année.

Pour en revenir à la chaleur, celle-ci est tout bonnement insupportable. Tout le monde me l’avait dit.
Mais on ne le comprend vraiment que le jour où on a à le subir.
Certes, lorsqu’au mois de mars, alors qu’il neigeait à Amman, nous avions déjà 30°C, je m’étais douté que ce serait dur.
Lorsqu’au cours des semaines suivantes la température a continuellement augmenté, cela devenait de plus en plus difficile.
Pour tout dire, jusqu’à 45°C c’est tenable, on s’habitue.
Au delà, on ne s’habitue pas.
Cela équivaut à un poids qui vous appuie sur les épaules dès que vous sortez.
Je n’ai pas essayé de cuire un oeuf sur une carrosserie, mais je pense que c’est faisable. J’ai vu un briquet, oublié sur une plage arrière, exploser. En une heure de voiture, une bouteille d’eau devenait tiède. Deux heures de plus et on pouvait faire le thé.
Il y a bien sûr des côtés positifs à cette chaleur: vous pouvez par exemple étendre votre linge à minuit et le rentrer 10mn plus tard.
Mais il y a surtout des côtés négatifs. Par dessus tout l’impossibilité de prendre une douche fraiche. En effet, les réservoirs d’eau sont sur le toit. Bien qu’on les ait protégé avec du polystyrène, il était impossible de prendre une douche après 6h du matin. Et encore je ne parle pas d’une douche fraiche. Autant dire que des amis qui avaient pu installer un raffraichisseur d’eau [1] nous voyait assez souvent débarquer une serviette à la main, juste pour prendre une douche.
Une seule fois je me suis résolu à prendre la température extérieure. Un soir d’une journée qui avait été particulièrement chaude. J’ai sorti un thermomètre dehors. Il était 19h. Je l’ai mis à l’ombre de l’oranger qui était dans notre jardin. Lorsque j’ai vu la température, j’ai cru que le thermomètre ne fonctionnait pas. Je l’ai alors mis dans un freezer qui fonctionnait grâce à un générateur. Lorsqu’il fut à 0°, je l’ai remis au même endroit. La température qu’il affichait n’avait pas changé: 58°C. J’aime autant ne pas savoir combien il faisait dans la journée.
A suivre
[1] – grâce à l’électricité qu’ils avaient continuellement, leur maison jouxtant l’une de celles du président iraquien de l’époque – tout a changé, mais rien n’a changé avait coutume de dire un de mes amis iraquien.
07/10/2009 at 23:44
j’avais raté la fin pufff